Le scandale qui entoure actuellement la gestion des passeports congolais
pose une question simple, mais fondamentale : qui assume la
responsabilité politique d’un tel dysfonctionnement de l’administration
publique ?
À la tête du gouvernement depuis le 12 mai 2021, monsieur Anatole
Collinet Makosso devrait, au minimum, tirer les conséquences politiques
de cette situation. Lorsque l’administration d’un État est incapable de
délivrer à ses propres citoyens un document aussi
essentiel qu’un passeport après en avoir perçu le paiement, c’est la
crédibilité même de l’action gouvernementale qui est mise en cause. La
prestidigitation politique a ses limites.
Une démission ne serait ni un diktat ni une condamnation. Elle
constituerait, dans une démocratie attachée à la responsabilité
politique, un acte de dignité et de reddition de comptes lorsque les
résultats ne sont pas au rendez-vous.
Un Premier ministre doit gouverner, pas applaudir. Monsieur Anatole
Collinet Makosso exerce les fonctions de Premier ministre depuis plus de
cinq ans. Pourtant, les Congolaises et les Congolais peinent à
identifier les améliorations concrètes que son action
gouvernementale aurait apportées à leur quotidien.
La politique ne peut être réduite à la fidélité personnelle à un chef, à
des slogans ou à des exercices de communication. La politique est
d’abord une affaire de convictions, de décisions et de résultats.
Un Premier ministre n’est pas un griot chargé de célébrer son
bienfaiteur. Il est le chef du gouvernement et, à ce titre, il porte la
responsabilité politique de la conduite de l’action gouvernementale.
La finalité de la politique devrait être claire : améliorer les
conditions de vie de la population, renforcer l'État de droit, garantir
l'efficacité des services publics et créer les conditions du
développement économique et social.
Le scandale des passeports est une faillite administrative qui exige des
explications. La récente intervention de monsieur Jean Olessongo
Ondaye, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, devant le
Sénat a mis en lumière l’ampleur des difficultés liées
à la délivrance des passeports congolais. Si le chiffre de 50 000
dossiers déjà payés mais toujours en attente est confirmé, nous sommes
face à une situation extrêmement grave. Sur la base d’un coût officiel
de 50 000 francs CFA par dossier, cela représenterait
environ 2,5 milliards de francs CFA déjà encaissés sans que le service
correspondant ait été rendu aux usagers concernés.
Cette situation appelle des réponses précises :
Où est passé l’argent ?
Pourquoi les documents n’ont-ils pas été délivrés ?
Qui était responsable du dispositif ?
Quelles mesures ont été prises pour réparer le préjudice subi par les citoyens ?
Et surtout, qui devra rendre des comptes ?
Ce ne sont pas des questions partisanes. Ce sont des questions de bonne
administration, de transparence et de respect du citoyen.
La responsabilité politique ne peut être diluée. Monsieur Jean Olessongo
Ondaye a succédé, le 24 avril 2026, à Monsieur Raymond Zéphirin Mboulou
en poste au ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation du
30 décembre 2007 au
24 avril 2026
(18 ans, 3 mois et 25 jours). Pendant de nombreuses années, ce
département ministériel avait donc la responsabilité de la politique
publique relative notamment aux documents administratifs et aux
passeports.
Il appartient désormais aux institutions compétentes d'établir
précisément les responsabilités administratives, financières et
politiques dans cette affaire. Ces pratiques douteuses ont fermé la
porte des États-Unis d’Amérique (USA) aux ressortissants de la
République du Congo du fait de l’incurie de ses dirigeants.
Dans un véritable État de droit, une telle situation devrait donner lieu
à une commission d’enquête parlementaire, associant l’Assemblée
nationale et le Sénat, afin d’établir les faits, d’identifier les
éventuels dysfonctionnements et de déterminer les responsabilités.
Personne ne devrait être condamné avant qu’une enquête sérieuse n’ait
établi les faits. Mais personne ne devrait non plus être soustrait à
l’obligation de rendre des comptes lorsqu’une responsabilité est
établie. C’est précisément cela, l’État de droit.
Des passeports pour les Congolais pas dans plusieurs mois, mais
maintenant. La réponse consistant à commander de nouveaux documents ne
saurait constituer, à elle seule, une politique publique. Si l’achat
annoncé de 100 000 documents est confirmé, avec une première
livraison annoncée de 25 000 unités en septembre 2026 et le solde à la
fin de l’année, une question demeure : que fait-on des dizaines de
milliers de citoyens qui attendent déjà un passeport qu’ils ont payé ?
Le problème est connu. La solution doit donc être à la hauteur. Le Congo
est parfaitement capable de prévoir ses besoins, de sécuriser ses
chaînes de production et de constituer des stocks suffisants pour éviter
que ses citoyens ne soient pris en otage par
les défaillances administratives.
Un État sérieux anticipe, un État responsable planifie, un État moderne
délivre à ses citoyens les documents auxquels ils ont droit.
Nous sommes devant une affaire de gouvernance, pas un simple problème
technique. Le scandale des passeports ne doit pas être traité comme une
simple panne administrative. Il révèle une question beaucoup plus
profonde : celle de la qualité de la gouvernance
au Congo-Brazzaville. À cela s’ajoute la vente à des ressortissants
étrangers des pièces d’état civil permettant l’obtention de la
nationalité congolaise. Ça constitue un délit puni par la loi
constitutif de l'infraction de faux, usage de faux ou d'obtention
frauduleuse de documents administratifs. Monsieur Jean Olessongo Ondaye
l’a dénoncé et nous en prenant acte. Mais en politique, il faut prendre
ses responsabilités et traduire devant les juridictions compétentes les
vrais responsables de ce chaos.
Depuis des décennies, les Congolais entendent des promesses de
modernisation, de transformation et aujourd’hui d’accélération au
développement. Pourtant, les difficultés les plus élémentaires demeurent
: accès à l’eau potable, électricité, santé, éducation,
emploi, infrastructures, pouvoir d’achat et désormais délivrance
normale des documents administratifs.
Comment prétendre bâtir un État moderne lorsque le citoyen qui a payé
son passeport est incapable de savoir quand il le recevra ? La puissance
d’un État ne se mesure pas à ses discours, à ses cérémonies ou à ses
inaugurations. Elle se mesure à la qualité du
service rendu à ses citoyens.
L’argent public doit servir le peuple. Pendant que les Congolais
attendent leurs documents administratifs, le pays continue de donner
l’impression que certaines dépenses somptuaires bénéficient d’une
priorité que les besoins fondamentaux de la population n’ont
pas. Les mariages somptueux de la famille présidentielle et les
villégiatures à Miami deviennent la norme, ce qui est anormal dans une
République. Cette perception nourrit légitimement la colère et le
sentiment d’injustice.
Le peuple ne demande pas des privilèges. Il demande simplement que
l’argent public serve d’abord l’intérêt général. Il demande de l’eau
potable, de l’électricité, des écoles, des hôpitaux, des routes, des
emplois et des services publics qui fonctionnent.
Le fonctionnement actuel du pouvoir congolais rappelle malheureusement
le célèbre principe de Peter, selon lequel, dans une hiérarchie, les
personnes peuvent être conduites à atteindre leur niveau d’incompétence.
Une démocratie saine doit précisément permettre
d’éviter cette dérive : les responsabilités doivent être évaluées à
l’aune des résultats.
Lorsqu’un responsable échoue, il doit pouvoir être remplacé, lorsqu’une
politique échoue, elle doit pouvoir être corrigée, lorsqu’une faute est
établie, elle doit être sanctionnée. C’est ainsi que fonctionne une
République responsable.
Il est temps de renouveler la classe dirigeante pour éviter que la
situation ne devienne toxique, car le pouvoir corrompt avec le temps.
Une vieille formule politique affirme que les dirigeants, comme les
couches des bébés, doivent être changés régulièrement,
et pour les mêmes raisons. La formule est volontairement provocatrice,
mais elle contient une vérité politique : aucun pouvoir ne devrait
devenir permanent, aucun responsable ne devrait être considéré comme
irremplaçable et aucune fonction publique ne devrait
être transformée en privilège à vie.
Le pouvoir prolongé sans contrôle finit par produire l'arrogance, l'impunité et l'aveuglement.
Le Congo-Brazzaville mérite mieux. Il mérite une République dans
laquelle les dirigeants rendent des comptes, où les citoyens sont
respectés et où l'État fonctionne au service de tous.
Monsieur Anatole Collinet Makosso, le temps des explications est venu.
Si votre gouvernement assume la responsabilité de l’action
gouvernementale, alors il doit également assumer la responsabilité
politique de ses échecs.
La République ne demande pas des miracles. Elle exige des résultats.
Et lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’honneur commande parfois de savoir partir.
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
