21 janvier 2026

Congo-Brazzaville : Un peuple à bout de souffle, une nation en péril

Le peuple congolais suffoque.
 
Aujourd'hui, le constat est celui d’un échec collectif. Entre un État en déliquescence, une opposition de façade et une société civile neutralisée par la quête de privilèges, les citoyens sont livrés à eux-mêmes.
 
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir écrit, alerté, sensibilisé, résisté, organisé des marches ou suscité des débats. Mais aujourd’hui, tout est à l’arrêt. Plus rien ne fonctionne, à l’exception de la propagande du PCT (Parti congolais du travail), qui nous promet un avenir radieux, à l’image des illusions véhiculées autrefois par la propagande marxiste-léniniste de Nicolae Ceaușescu en Roumanie.
 
En ce qui concerne la captation des ressources et la dérive dynastique, la société congolaise est aujourd'hui fragmentée, chaque clan luttant pour sa propre survie. La militarisation outrancière du pays ne sert qu'un but : sécuriser le contrôle des richesses nationales au profit d'une minorité d'affidés.
 
La politique est devenue une rente familiale, un héritage que se partagent quelques lignées : de Bernard Kolélas à Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, en passant par Pascal Lissouba et Jacques Joachim Yhombi-Opango. Bientôt viendra le tour de monsieur Denis Sassou Nguesso qui, au crépuscule de sa vie politique, imposera une succession dynastique en faveur de son fils ou d’un membre de sa famille biologique. Dans ce contexte, le chaos est inévitable, et il est déjà perceptible. Le Congo-Brazzaville est désormais placé sous la coupe de familles politiques mafieuses qui se partageront le pays autour d’une table où le peuple congolais servira de menu. La « haïtisation » du Congo-Brazzaville est en marche.
 
Le récent congrès du PCT de décembre 2025, financé par les contribuables congolais, illustre cette dérive : le bureau politique ressemble davantage à une réunion de famille qu'à une institution républicaine. La prédation des ressources reste la seule constante, tandis que le peuple est relégué au dernier rang des priorités.
 
Le département du Pool devient un instrument de manipulation électorale. La résurgence des hostilités dans le Pool est une mise en scène macabre qui se répète avant chaque élection présidentielle. L’objectif est clair : terroriser la population pour ensuite s'ériger en garant de la paix. Ce « partage de l’usufruit politique » avec des chefs de bandes armées, comme monsieur Frédéric Bintsamou alias le Pasteur Ntumi, est une mascarade au nom d’une paix hypothétique. Cette narration laisse croire que les Congolais seraient intrinsèquement violents, ce qui est faux. La paix n'est pas le monopole d'un homme ou d'un groupe armé ; elle appartient à tous les Congolais. Il est temps de déconstruire ce récit mensonger pour bâtir un véritable État de droit et une nation unie.
 
Toutes les Congolaises et tous les Congolais sont des partenaires de paix, car le vivre-ensemble nous est imposé par notre histoire et notre géographie. Aucun individu ne peut se proclamer l’unique artisan de la paix d’un régime qui sème la désolation. La prétention du Pasteur Ntumi à ce rôle relève d’une nouvelle mascarade politique. Nous ne devons plus céder à ces arrangements d’arrière-cour destinés uniquement à perpétuer un pouvoir militarisé fondé sur la terreur.
 
Notre armée clanique n’a plus rien de républicain. Elle est devenue un conglomérat tribaliste, régionaliste dévoué à la protection d'un pouvoir conquis par la force des armes, conformément à l’adage du PCT : le pouvoir est au bout du fusil. Le logiciel n’a jamais changé.
 
De son côté l’opposition congolaise, marginalisée mais composée d’intellectuels, s’enferme dans des discours stériles, s'épuise dans des querelles d'ego. Les alliances de circonstances se font et se défont sans vision ni programme cohérent. L’essentiel est d’occuper la scène médiatique, dans l’espoir d’un retour financier ou d’un portefeuille ministériel après une élection présidentielle jouée d’avance. Dans une dictature, on n’organise pas des élections pour les perdre, surtout lorsque le pouvoir repose sur la peur, l’élimination des opposants, l’exil forcé et l’appauvrissement généralisé d’un peuple terrorisé.
 
Nous sommes dans une impasse. Aux grands maux, les grands remèdes. Face à cette situation, le boycott de l’élection présidentielle du 15 mars 2026 s’impose. Mais, comme le disait Staline : « Ce ne sont pas ceux qui votent qui décident, mais ceux qui comptent les votes. » Monsieur Denis Sassou Nguesso, droit dans ses bottes comme un i, protégé par des forces de sécurité et de défense acquises à sa cause, rempilera pour un énième mandat inutile, au profit exclusif de sa famille, de sa tribu et de ses courtisans. Il est déconnecté de la misère du peuple congolais qu'il contemple depuis ses palais d’Oyo. Le Congo-Brazzaville est en passe de devenir une Corée du Nord en Afrique centrale, avec un culte de la personnalité outrancier.
 
La gestion catastrophique des finances publiques faite d’emprunt, donc de la dette pour les générations futures, confiée à un cousin, est devenue une affaire d'épicerie familiale.
 
La jeunesse congolaise, abandonnée, désespérée et privée d'avenir, subit une répression d'une violence inouïe. Elle est maltraitée, parfois exécutée par des procédés extrajudiciaires relevant de crimes contre l’humanité imprescriptibles. Les dossiers existent, sont documentés, et serviront le moment venu. Gouverner, c’est aussi rendre des comptes.
 
Porté de nouveau au pouvoir par les puissances occidentales, notamment la France, avec l’appui d’ELF, aujourd’hui TotalEnergies, à l’issue de la guerre civile sanglante du 5 juin 1997, monsieur Denis Sassou Nguesso, l’un des derniers symboles de la Françafrique, est maintenu en place pour la sauvegarde d’intérêts et de profits étrangers, au détriment du peuple congolais. Dans cette configuration géopolitique, les droits humains ont cédé le pas aux impératifs économiques.
 
Dans le nouvel ordre mondial dominé par la realpolitik, les régimes autoritaires sont tolérés dès lors qu’ils garantissent les contrats occidentaux, transformant nos pays en États abandonnés mais utiles à leur survie économique.
 
Nos revendications pour un avenir possible partagé sont toujours les mêmes. Le pouvoir de Brazzaville reste sourd et refuse obstinément de répondre à ces dernières pour un climat politique et social apaisé, à savoir :
  • La libération de tous les prisonniers politiques.
  • Le retour sécurisé des exilés politiques.
  • La restauration complète des libertés fondamentales (expression, association, pensée, etc.).
  • La tenue d’un dialogue national inclusif pour soigner les maux qui minent notre pays. 
 
On ne gouverne pas contre son peuple, mais pour son bien-être. La politique est l’art du compromis, et non de la compromission. On ne peut durablement avoir raison seul contre tous.
 
Nous refusons de participer à ce simulacre d’élection présidentielle du 15 mars 2026, dont l’issue est connue d’avance. Voter sous la menace d’un pistolet sur la tempe n'est pas un choix libre.
 
Comme le rappelait Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »
 
Changeons notre manière d’aborder la politique au Congo-Brazzaville. Nous aurions peut-être perdu une bataille, mais la lutte pour la dignité continue.
 
Seule la lutte libère.
 
La patrie ou la mort, nous vaincrons.
 
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA