22 mai 2026

Congo : la dette tous azimuts

 
Photo: Christian Yoka : une économie criblée de dette

La météo financière est loin d’être maussade en dépit des clignotants alarmants. Elle est clémente et bienveillante dans un pays frappé par un asséchement financier. Des millions de dollars, «  en veux-tu, en voilà ».

Congo à gogo

Sassou-Makosso-Yoka ne s’en prive pas. Le triumvirat s’en donne à cœur joie. Une pluie de dollars s’abat sur le Congo-Brazzaville. Une montagne de dollars s’amoncelle et ça ne s’arrête pas. A cette allure, la montagne de la dette va devenir rapidement raide voire insurmontable. Quand le chemin d’avenir croise le chemin de la dette, c’est la foire aux millions de dollars. Citigroup, la banque d’affaires chargée de lever les fonds pour le compte du Congo-Brazzaville s’en met plein les poches et, avec elle de multitudes d’intermédiaires qui gravitent autour du clan Sassou.

À Brazzaville, le ministère des Finances sous la houlette de Christian Yoka a annoncé, mercredi 20 mai 2026, le succès d’une nouvelle émission d’obligations internationales de 850 millions de dollars, à échéance 2036. L’opération, assortie d’un coupon de 9,5 %, a attiré une demande dépassant 1,6 milliard de dollars, soit près du double du montant proposé.

Débiteur insolvable

Selon le rapport de surveillance de la Banque mondiale publié en juin 2025, le Congo demeure formellement «  en situation de surendettement  » au sens du FMI, même si l’institution juge la dette « viable ». Brazzaville a sollicité en avril 2026 un nouveau programme de financement auprès du Fonds, après la clôture en mars 2026 d’un précédent accord triennal au titre de la Facilité élargie de crédit, qui avait permis le décaissement de 430 millions de dollars. Entre la fin de l’année 2025 et les cinq premiers mois de l’année 2026, le Congo-Brazzaville a levé plus de 1500 millions de dollars sur le marché financier international. La qualité de la dépense n’est pas au rendez-vous. « Il faut soigner la qualité de la signature du Congo, car on a eu des défauts de paiement envers les créanciers  », rappelait Alphonse Ndongo, journaliste congolais spécialiste des questions économiques, sur l’antenne de RFI en janvier 2025, au moment de la nomination de Christian Yoka.

Frénésie boulimique

La réduction du train de vie de l’Etat se fait attendre ; la digitalisation et la numérisation des régies financières aussi. Le Congo-Brazzaville reste classé en catégorie spéculative. Fitch a maintenu sa note à CCC+ le 20 février 2026, tout comme Standard & Poor’s en janvier 2026. Les deux agences de notation soulignent la vulnérabilité d’une économie où les hydrocarbures représentent encore plus de 80 % des recettes d’exportation, selon les données du Fonds monétaire international FMI (Agence Ecofin, 21 mai 2026). La dette publique a atteint 97,2 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2025, frôlant le seuil de 100 %, et reste largement au-dessus du plafond de 70 % fixé par les critères de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Jusqu’où ira cette frénésie de la dette qui s’apparente à une stratégie de la terre brûlée ? Alors que Denis Sassou Nguesso a pour le moment cherché à minimiser les effets de l’endettement dans le pays, le khalife d’Oyo orchestrerait alors au contraire une véritable mobilisation politique en faveur de son bilan. L’économie du Congo -Brazzaville n’a pas fini de souffrir de quarante années de gouvernance de Denis Sassou Nguesso.

Benjamin BILOMBOT BITADYS