
Assumer les choix et non les perpétuer
« Ce que je fais, c’est la France qui me le demande de le faire », déclarait Denis Sassou Nguesso.
À l’heure où les équilibres géopolitiques mondiaux se redessinent et où les peuples africains expriment de plus en plus fortement leur aspiration à la dignité, à la souveraineté et à l’alternance démocratique, certaines orientations diplomatiques suscitent de profondes interrogations. Entre mémoire historique, stabilité régionale et responsabilité politique, l’Afrique centrale ne peut devenir le théâtre de stratégies de conservation du pouvoir porteuses de tensions et de fractures durables.
« Ce que je fais, c’est la France qui me le demande de le faire. »
Et
chacun mesure aujourd’hui les conséquences de ce système de gouvernance
au Congo : atteintes répétées aux droits de l’homme, restriction des
libertés publiques, crise sociale profonde, affaiblissement continu des
institutions, exil forcé de nombreux compatriotes, sans oublier le refus
de délivrance de passeports à certains opposants, les privant ainsi
d’un droit fondamental lié à leur citoyenneté.
C’est précisément cette réalité que beaucoup redoutent de voir se perpétuer, tandis que la France donne parfois le sentiment de privilégier des considérations stratégiques ou une stabilité de façade au détriment d’une prise en compte claire des aspirations démocratiques du peuple congolais et des violations des droits fondamentaux dénoncées depuis des années.
En ce 8 mai, date historique marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale et rappelant le rôle majeur de Brazzaville, Capitale de la France Libre, des informations persistantes font état d’un soutien de la France au projet d’un troisième mandat du président Félix Tshisekedi, avec l’appui du président Denis Sassou Nguesso.
Cette orientation suscite naturellement de profondes interrogations, tant sur le plan politique que géopolitique. Beaucoup se souviennent qu’en 2015, la modification de la Constitution au Congo (Brazzaville), ayant permis la prolongation du pouvoir en place, avait été perçue comme bénéficiant d’une forme de caution internationale. Aujourd’hui, les conséquences politiques, économiques et sociales qui en découlent apparaissent au grand jour, plongeant le pays dans une crise profonde dont les populations paient le prix au quotidien..
Dès lors, une question se pose : les leçons des événements récents en Afrique de l’Ouest ont-elles réellement été tirées ?
Le
Mali, le Niger ou encore le Burkina Faso ont exprimé, chacun à leur
manière, une rupture avec certains mécanismes de gouvernance et
d’influence extérieure jugés déconnectés des aspirations populaires.
Au-delà des débats politiques et des appréciations divergentes sur les
résultats obtenus, une réalité demeure : ce qui compte avant tout pour
les peuples, c’est la dignité, le respect de leur souveraineté et la
prise en considération de leurs aspirations profondes.
Pourquoi, dans ce contexte, donner le sentiment de reproduire en Afrique centrale des schémas déjà contestés ailleurs ?
Pourquoi
encourager des dynamiques politiques pouvant être perçues comme des
logiques de continuité dynastique ou de verrouillage institutionnel au
Congo (Brazzaville), en République démocratique du Congo ou encore en
Angola ?
Plus préoccupant encore, certaines
informations évoquent l’existence de conditions diplomatiques visant à
restreindre l’espace d’expression ou de dialogue des oppositions
politiques congolaises, notamment à travers une consigne implicite selon
laquelle la République démocratique du Congo et l’Angola ne devraient
pas recevoir certains opposants du Congo (Brazzaville).
Si une telle
orientation devait se confirmer, elle soulèverait de sérieuses
interrogations quant au respect du pluralisme politique et des libertés
démocratiques. Surtout, elle risquerait d’alimenter davantage les
frustrations, les incompréhensions et les tensions, au lieu de
contribuer à l’apaisement, à la stabilité et à la recherche de solutions
politiques durables.
La situation en République démocratique du Congo appelle pourtant à la plus grande prudence. Dans une région marquée par la présence de nombreux groupes armés et par une fragilité sécuritaire persistante, toute initiative pouvant être interprétée comme une volonté de prolongation du pouvoir comporte des risques importants pour la paix civile et régionale.
Au moment où le président Donald Trump affirme vouloir favoriser, tant bien que mal, une désescalade entre le Rwanda et la RDC, il apparaît essentiel que les partenaires internationaux privilégient des démarches de stabilisation, de dialogue et de respect des équilibres institutionnels.
La France doit mesurer avec lucidité les conséquences de certaines orientations politiques sur son image en Afrique. À défaut, elle risque d’accentuer davantage le sentiment anti-français déjà perceptible dans plusieurs régions du continent, tout en alimentant une guerre informationnelle dont les effets peuvent devenir durables.
Les bouleversements géopolitiques actuels, notamment les tensions au Moyen-Orient et les recompositions stratégiques internationales, imposent pourtant une nouvelle approche des relations entre l’Afrique et ses partenaires : une approche fondée sur le respect mutuel, la responsabilité, la souveraineté des peuples et des partenariats équilibrés.
Ignorer cette réalité serait prendre le risque de reproduire en Afrique centrale les mêmes fractures observées ailleurs. Car, au-delà des considérations diplomatiques ou stratégiques, ce que recherchent avant tout les peuples, c’est la dignité.
Pour le Congo, ToPeSA demeure la voie de la reconstruction nationale, de la réconciliation et de la dignité dans le Congo nouveau.
ToPeSA
Modeste Boukadia
Président du CDRC – Une Nation Pour Tous
Initiateur de ToPeSA
Le 08 mai 2026 – 13h17