C’est
la femme aux grandes oreilles, Vice-présidente de fait du
Congo-Brazzaville, qui veut contrôler les réseaux sociaux et la
téléphonie au Congo-Brazzaville
au travers de l’ARPCE (Agence de Régulation des Postes et des
Communication Électroniques), l'Autorité congolaise de contrôle, de
suivi et de régulation des secteurs des Postes et Communications
Électroniques.
Cette
intrusion dans la surveillance de masse des Congolaises et des
Congolais à travers l’ARPCE en dehors de tout cadre juridique légale
nous questionne sur la
destinée de cette masse d’informations et de son utilisation. Même le
service de la CID (Centrale d'Intelligence et de la documentation) au
sein de l’ARPCE échappe maintenant au contrôle de monsieur
Jean-Dominique Okemba, pour ne plus rendre des comptes qu’à
madame Françoise Joly.
Au
Congo-Brazzaville, le pouvoir ne se joue plus seulement dans les palais
présidentiels ou les casernes. Il se déplace désormais vers un autre
terrain stratégique
: le contrôle des communications, des données numériques et des réseaux
de télécommunication.
C'est
dans ce contexte que le nom de madame Françoise Joly revient avec
insistance dans de nombreux cercles politiques. Selon diverses sources
et analyses, elle
exercerait une influence croissante au sein de l'ARPCE (Agence de
Régulation des Postes et des Communications Électroniques), l'autorité
chargée de réguler les télécommunications au Congo. Mais au service et
pour le compte de qui ?
Officiellement,
l'ARPCE veille au bon fonctionnement du secteur. Mais de nombreuses
interrogations demeurent sur l'étendue réelle de ses missions et sur les
pouvoirs
qui lui seraient progressivement confiés.
Pendant
ce temps, une autre figure historique du régime semble perdre de son
influence. Jean-Dominique Okemba, longtemps considéré comme l'un des
hommes les plus
puissants du système sécuritaire, paraît avoir été progressivement
marginalisé. Les départs successifs de plusieurs de ses proches au sein
des services de sécurité alimentent l'idée d'un profond rééquilibrage
des rapports de force au sommet de l'État.
Parallèlement,
la proximité remarquée entre madame Françoise Joly et monsieur Louis
Marc Sakala, directeur général de l'ARPCE nommé par décret présidentiel
du 9
avril 2020, suscite de nombreux commentaires. Leur présence commune
lors de plusieurs déplacements officiels nourrit les spéculations sur le
rôle grandissant de cette institution dans les équilibres du pouvoir.
Une
question demeure, pourquoi une agence chargée de réguler les
télécommunications semble-t-elle occuper aujourd'hui une place aussi
stratégique dans les rouages
de l'État ?
Les
inquiétudes portent notamment sur la collecte et l'exploitation des
données numériques des citoyens. Plusieurs observateurs évoquent
l'existence de capacités
de surveillance électronique particulièrement développées. Si de telles
pratiques étaient avérées, elles soulèveraient de graves interrogations
quant au respect de la vie privée, des libertés publiques et de l'État
de droit.
Au-delà des personnes, c'est surtout la logique du système qui mérite d'être analysée.
Dans
les régimes autoritaires, le véritable enjeu n'est plus seulement de
remporter une élection. Il consiste à contrôler les leviers qui
garantissent la conservation
du pouvoir à savoir les ressources pétrolières, les circuits
financiers, les services de sécurité, les moyens de communication et les
infrastructures numériques.
Sous
cet angle, la SNPC (Société Nationale des Pétroles du Congo), qui
contrôle la rente pétrolière, et l'ARPCE, qui supervise les
infrastructures numériques, apparaissent
comme deux instruments stratégiques d'un même dispositif : l'un
contrôle les ressources économiques, l'autre les flux d'information.
Cette
évolution laisse penser que le régime prépare moins une alternance
démocratique qu'une succession organisée au sein de son propre système.
L'objectif serait
moins de changer le pouvoir que d'assurer sa continuité, quel qu'en
soit le futur visage.
Dans
cette perspective, le renforcement des appareils sécuritaires et le
développement de partenariats avec plusieurs puissances étrangères
notamment la Russie,
les Émirats arabes unis, la Turquie ou encore l'Azerbaïdjan sont
souvent interprétés comme des moyens de préserver les intérêts
politiques et économiques du pouvoir en place.
Pendant
que ces recompositions occupent les sommets de l'État, les
préoccupations quotidiennes des Congolaises et des Congolais restent
largement sans réponse :
chômage, pauvreté, dégradation des services publics, crise économique,
recul des libertés et absence de perspectives pour la jeunesse.
Le
pays semble avancer sans véritable cap politique, tandis que
l'essentiel de l'énergie du pouvoir paraît consacré à préparer
l'après-Sassou plutôt qu'à répondre
aux attentes de la population.
Au Congo-Brazzaville, la seule accélération visible est celle de la préparation de la succession au sommet de l'État.
Or,
lorsqu'un régime concentre simultanément le contrôle des richesses
nationales, des appareils sécuritaires et des infrastructures
numériques, il acquiert aussi
la capacité d'influencer l'information, d'encadrer le débat public et
de surveiller les citoyens.
L'histoire
montre qu'aucun pouvoir ne demeure éternel. Mais chaque fois que le
contrôle de l'information devient un instrument de gouvernement, les
libertés individuelles
reculent et la démocratie s'affaiblit.
Le
véritable enjeu dépasse donc les personnes. Il concerne l'avenir de
l'État de droit, la protection des libertés publiques et le droit des
Congolais à vivre dans
une République où les institutions servent les citoyens plutôt que la
préservation d'un système politique.
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
