Monsieur Denis Sassou Nguesso, Roi du Congo-Brazzaville.
Certaines élections présidentielles ressemblent davantage à des
cérémonies de couronnement. Le Congo-Brazzaville vient, une fois de
plus, d’en offrir une illustration troublante.
Au-delà du scrutin, c’est le fonctionnement global du système électoral qui interroge.
Monsieur Denis Sassou Nguesso, dirigeant au pouvoir depuis de nombreuses
années, vient d’être réélu avec 94,82 % des voix à l’issue d’un scrutin
marqué par la présence d’opposants largement perçus comme complaisants,
dont le rôle s’est limité à donner une apparence
de crédibilité à une élection dont l’issue semblait connue d’avance.
Ainsi, le Congo-Brazzaville, loin de fonctionner comme une véritable
République, donne le sentiment de s’apparenter à un système quasi
monarchique, où le pouvoir repose sur des logiques familiales, claniques
et tribales. L’unité nationale s’efface au profit
d’intérêts particuliers, tandis que les promesses de développement et
d’émergence restent sans effet concret.
Annus horribilis 2026 apparaît comme une période sombre pour le peuple
congolais, qui espérait des changements significatifs mais se retrouve
confronté à la perspective de nouvelles années de difficultés
économiques et sociales. C’est un nouveau quinquennat
de souffrances qui précipitera le pays vers le chaos social.
Dans un contexte international marqué par le réalisme politique, les
puissances occidentales applaudiront sans doute leur allié local, un
pouvoir qui continue d’exploiter et de brader les ressources du pays
pour leurs propres intérêts stratégiques au détriment
de la population.
Par ailleurs, le contraste entre le train de vie ostentatoire des
dirigeants et les conditions de vie précaires de nombreux citoyens
renforce le sentiment d’injustice. Cette mise en scène du pouvoir,
marquée par le luxe et la proximité familiale au sommet de
l’État, souligne davantage les dérives d’un système où la gouvernance
apparaît comme une affaire privée.
Le couronnement a révélé une indécence flagrante dans l'affichage du
luxe des dirigeants congolais, tandis que le peuple souffre dans une
misère indescriptible. Notre nouveau souverain, couronné par son
ministre de l'Intérieur, un membre de sa famille, incarne
un système politique où la famille et les cercles proches du pouvoir
priment. L'unité nationale est absente, un système ne valorisant plus le
travail et le mérite s’est installé, tandis que les promesses
d’émergence demeurent sans effet.
Le climat de peur, alimenté par des atteintes graves aux droits humains
et marqué par des exécutions extrajudiciaires des jeunes, limite
fortement toute contestation interne. Dans ces conditions, dénoncer les
dérives du régime peut exposer à des risques considérables
pour sa vie. Sous l'empereur Jean-Bedel Bokassa, ce sont les chevaux
qui tombaient, mais sous Denis Sassou Nguesso, ce sont les Congolais qui
souffrent. Le cynisme face à la vie humaine a atteint des sommets, avec
des crimes contre l’humanité qui ne resteront
pas impunis. Cependant, le temps est un allié de la justice, et les
responsables devront un jour rendre des comptes devant des juridictions
compétentes.
Après plus de quatre décennies d’exercice cumulées du pouvoir, le pays
semble s’enfoncer dans une forme de gouvernance marquée par le
clientélisme, le tribalisme et la concentration des richesses entre les
mains d’une minorité. Le Parti congolais du travail
(PCT) apparaît, dans ce contexte, comme un instrument au service
d’intérêts restreints plutôt qu’un vecteur d’un projet collectif. Ce
sectarisme et ce tribalisme ne constituent pas un véritable projet de
société, mais une réunion de ceux qui exploitent la
République au détriment du peuple.
Pour la jeunesse congolaise, les perspectives restent limitées,
notamment en raison de l’accès restreint aux emplois publics et d’une
dette croissante insoutenable qui hypothèque leur avenir. La gestion
économique et sociale suscite ainsi de nombreuses inquiétudes.
Cette situation s’inscrit dans un contexte économique marqué par une
forte dépendance aux revenus pétroliers et des contraintes budgétaires
importantes, limitant la capacité de l’État à répondre aux besoins
sociaux.
Face à cette situation, le peuple congolais se retrouve confronté à ses
responsabilités. Les changements ne pourront intervenir sans une prise
de conscience collective et un engagement citoyen fort. La politique
doit intéresser chacun d'entre nous, car elle
concerne la gestion de la cité.
La liberté implique également la responsabilité et la capacité à assumer
les risques nécessaires pour la défendre. Dans un tel contexte, un
pouvoir centré sur lui-même peine à reconnaître pleinement les
aspirations et la dignité du peuple.
Malgré les difficultés, l’espoir subsiste. Une évolution favorable
demeure envisageable à condition de consolider l’indépendance des
institutions, de mettre en place des mécanismes de transition fiables et
de replacer l’intérêt général au cœur de l’action publique.
Ce n’est qu’à ce prix que la stabilité politique pourra s’inscrire dans
la durée et profiter pleinement à l’ensemble des Congolaises et des
Congolais.
Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire